, Table des matières

La table connectée

Hier matin, la Table des matières est arrivée à la Mécanique. À cette occasion nous avons eu un entretien avec Jon Stam de Commonplace Studio, l’un des concepteurs de cette interface innovante destinée aux archives numériques d’atelier LUMA. 

— Comment a été conçu ce projet ?

Au départ nous avons été invités, Simon de Bakker et moi-même, à visiter Offprint afin de découvrir ce concept de librairie-bibliothèque. Petit à petit nous en sommes venus à développer un concept dans lequel la librairie ressemblerait plus à une bibliothèque en permettant aux livres de d’être facilement consultés. Nous proposons aux gens de choisir des livres puis de s’installer devant une table où ils peuvent se plonger dans l’œuvre choisie. Mais nous avons poussé le concept un peu plus loin en concevant une table équipée d’antennes intégrées capables de lire l’ensemble du contenu que l’on pose sur son plateau. Le lecteur peut ainsi accéder à une base de données centrale et recevoir des informations comme par exemple les titres d’autres ouvrages traitant du même sujet, et le lieu où ils se trouvent. Tout est donc centré autour de cette dynamique de découverte et de fluidité.

—  Comment s’effectue la connexion avec atelier LUMA ?

atelier LUMA nous a demandé s’il était possible d’utiliser ce concept pour l’appliquer à ses archives de production. Les designers se livrent chacun à des recherches et expérimentations différentes. Il existe des traces matérielles de ces recherches. Notre idée a été de trouver un moyen de les connecter aux nombreuses productions immatérielles. Ce qui inclut, par exemple, les récits des créateurs, certains aspects de leur processus de recherche ou toutes autres informations liées au projet.

C’est ce qui a motivé la conception de cette « table connectée ». En posant sur la table un objet provenant d’une archive physique, vous pouvez visionner un récit qui en décrit le contexte général. De la même manière, si vous souhaitez approfondir la question, vous pouvez accéder à une base de données ouverte. À l’avenir, les utilisateurs de l’archive pourront accéder aux dossiers publics ou approfondir leurs recherches d’informations. Initiés ou non-initiés pourront alors accéder rapidement et facilement aux informations dont ils ont besoin sans avoir à interroger toutes les personnes qui ont été impliquées dans le projet.

— Nous commençons à voir la table prendre forme dans l’espace. Quel effet cela fait-il de voir vos idées se concrétiser ?

Nous avons déjà réalisé plusieurs projets utilisant la même technologie, l’identification par radiofréquence, mais jamais à cette échelle-là, et jamais avec des antennes connectant les objets posés sur la table. Ce que nous présentons en ce moment, c’est un ruban de cuivre sur un morceau de contreplaqué, avec un ordinateur et des lecteurs en dessous, et des antennes dessus. Les architectes ici à atelier LUMA nous ont encouragés à agrandir la taille de la table, et au final il est possible que nous aboutissions à un plateau sur lequel sera gravé une carte. Mais c’est encore à l’état de projet, et pour l’instant les différents éléments sont encore modifiables. 

Il s’agirait d’une carte de la Camargue et la région, d’où proviennent les objets, les matériaux, les gens, les savoir-faire et les connaissances. En même temps, nous souhaitons trouver un moyen de simplifier la lecture de la carte sans fournir trop d’informations à l’utilisateur. 

— Qu’est-ce qui vous excite le plus dans ce travail ?

 Un aspect qui nous inspire particulièrement, c’est la possibilité de réfléchir aux similitudes entre notre mémoire et la mémoire informatique. Nos esprits s’organisent dans l’espace, nous créons des hiérarchies à partir de choses physiques, ce qui exige que les bases de données soient construites de manière plus intuitive. Nous pouvons rassembler toute les archives, et rendre plus efficace la recherche d’informations. Mais comment faire pour découvrir ce qui excite vraiment notre curiosité ? On ne se plonge pas dans une vaste archive numérique en sachant déjà ce que l’on veut y trouver.

Il s’agit là d’approfondir les recherches des projets d’atelier LUMA de façon plus tangible.