, Made in Griffeuille

Fabriquer du savoir "made in Griffeuille"

En répondant à nos questions par email au lendemain des LUMA days, l'activiste culturelle Lucia Babina nous parle des premiers pas, des découvertes et des perspectives d’avenir d'un des projets d’atelier LUMA qui a une vocation éminemment sociale, la "Cuisine en partage" de Griffeuille. 

— Pouvez-vous nous faire part de vos réflexions sur la préparation et le bilan du repas partagé pendant les LUMA days ?

J'étais inquiète pour ce dîner. Au début du processus je ne savais pas vraiment comment m'y prendre pour impliquer les habitants de Griffeuille dans un projet qui pourrait être amusant, intéressant et novateur à la fois pour eux, pour moi et pour LUMA. Il s’est avéré que Bénédicte [Hossenlopp], la botaniste, a joué un rôle clé dans ce processus, puisque nous avons pu explorer des éléments que même Solid'Arles et Petit à petit n'avaient abordés. Solid'Arles s'occupe du gaspillage alimentaire et de la cuisine en équipe, Petit à petit produit de la nourriture dans le quartier, mais personne n'avait exploré la richesse de son environnement sauvage. Certains habitants connaissent les plantes sauvages mais ils ne les cueillent pas dans le quartier. Le savoir de Bénédicte nous a permis de découvrir la flore et la végétation comestibles du quartier et ça a été très étonnant, pour nous tous, de nous rendre compte que le quartier est une forêt de plantes comestibles, et qu'on peut se nourrir sans aller bien loin. Et c'est en ville !

J'appelle ça les ressources naturelles du quartier. L’étape suivante est donc : Que faire de ces ressources ? Comment les partager et les protéger ? Comment les utiliser ?

Pour répondre à toutes ces questions, il faudra prendre le temps nécessaire pour comprendre, se documenter en profondeur, discuter et s'organiser avec les habitants. Il s'agit avant tout de protéger ces ressources naturelles et d'en faire aussi notre base de survie et d’échange économique.

Je trouve ça tout à fait unique de pouvoir préparer un repas pour plus de quatre-vingts personnes, et tout ça à Griffeuille. Le Made in Griffeuille, c'est bien, mais cela peut aussi se transformer en une activité commerciale au profit des habitants, des organismes locaux et de LUMA (grâce à ces ressources particulières et au savoir Made in Griffeuille en matière de nourriture). Ces ressources sont déjà là, dans l'esprit des gens. Lorsque l'équipe vidéo de LUMA nous a demandé à moi et Bénédicte de retourner cueillir des plantes dans le quartier, je me rappelle qu'une des cuisinières, Mireille, a dit : « Mais ne révélez pas tout —sinon ils vont prendre nos plantes ! »

— Quelles étaient vos intentions en matière d'installation pour votre exposition et votre espace de travail à l'atelier ? Pouvez-vous nous en dire plus ?

Le projet a une vocation sociale, il est donc encore trop tôt pour que les résultats soient visibles, en tout cas dans cette première phase ; mais il se passe évidemment beaucoup de choses, des liens se tissent notamment avec le voisinage de Griffeuille, ce qui devrait porter ses fruits dans un deuxième temps. Il est toujours difficile de montrer un processus plutôt qu'un résultat, car beaucoup de choses appartiennent à la vie quotidienne et ne veulent peut-être plus dire grand chose hors contexte, puisqu'on ne peut pas tout expliquer de manière schématique ou tout faire cadrer. Si ça n'a pas été assez mûri, le résultat peut sembler banal, stupide ou tout simplement imprésentable, en tout cas pour l'instant. J'ai donc choisi de montrer certains des outils que nous avons utilisés à l'atelier lors de la Fête du Quartier et du dîner pour Ideas City, quelques échantillons des plantes que nous avons découvertes et cueillies, nos recettes et un petit herbier, qui sont peut-être le point de départ du savoir Made in Griffeuille. Et, naturellement, la vidéo d'Alexandre Humbert a joué un rôle important dans le récit d'une partie du processus, de son propre point de vue. Un processus est quelque chose de vivant et, en général, on ne peut le reproduire dans un espace d'exposition. Mais ce n'est que le début, et il y aura d'autres occasions d'enfin révéler l'invisible.

— Comment vous et vos collaborateurs de Griffeuille voyez-vous ce projet évoluer à l'avenir ?

Les idées ne sont pas encore assez abouties pour prendre une direction unique, de multiples pistes restent possibles, et les perspectives et les attentes sont nombreuses. Mais ce qui est clair, c'est qu'il s'agira de cuisine, de conserves et de recherche de produits. Il nous faut tout d'abord comprendre quoi faire de ces ressources. Ensuite, il nous faut évaluer quelles stratégies et collaborations sont possibles entre les habitants et les organismes locaux, afin de construire le projet sur des bases viables et durables, et d'ouvrir de nouvelles possibilités pour les gens de Griffeuille mais aussi pour LUMA.